publiée le 19/01/2026 par

« Bonjour, mon nom est Llanka, je suis Mapuche, je suis Kuna, deux nations autochtones d’Amérique.
Pour moi, c’est très difficile de parler de tout ce qui nous arrive. Je vais essayer de faire appel aux forces de mon territoire pour ne pas pleurer.
J’ai grandi dans un territoire récupéré, je suis la fille de Moira Millan, une activiste très forte de Puelmapu.
En 1999, quand moi, j’avais 9 mois d’âge, ma mère est allée récupérer un territoire qui, à l’époque, appartenait à la police argentine. Quand on parle de récupération, ça ne veut pas dire que nous avons habité dans ce territoire là, mais que nos ancêtres y habitaient. Et maintenant, ça fait 26 ans qu’on y est.
Avec le gouvernement de Javier Milei, nous sommes beaucoup plus observés et conditionnés avec les lois et les droits humains, ce qui a mené de la part du gouvernement de la province (le gouverneur s’appelle Ignacio Torres) à concrétiser toute une stratégie pour pouvoir s’installer dans nos territoires avec des projets méga extractivistes.
En février de cette année, on a été sujets à des perquisitions qui avaient pour objectif de nous effrayer et de persécuter notre peuple Mapuche.
Nous sommes un peuple installé dans une région assez large qui s’étend sur ce qui est aujourd’hui l’Argentine et le Chili, ce qui a constitué un empêchement pour que les Etats Nations puissent amener en avant leurs intérêts extractivistes, puisqu’on est sur deux pays. C’est pour ça que cette année on a eu des perquisitions simultanées dans plus de 13 communautés Mapuche. On nous accusait d’être à l’origine d’incendies volontaires dans plein de territoires de la Patagonie, des incendies intentionnels qui avaient en fait pour objectif de laisser libre ces territoires pour l’exploitation. Les perquisitions se sont déroulées entre 7h du matin et jusqu’à 19h. Ils cherchaient à trouver des preuves comme quoi nous étions à l’origine des incendies volontaires. À l’occasion, ils ont incarcéré une de nos amies, Victoria Núñez Fernández, elle n’est pas Mapuche mais elle vit avec nous depuis 5 ans,. La justice a donné aux porteurs de l’accusation un délai déterminé pour présenter des preuves comme quoi elle était à l’origine de ces incendies volontaires, lequel est désormais écoulé car bien sûr ils n’ont pas trouvé ces preuves.
Aujourd’hui, nous sommes encore sujets d’une accusation judiciaire, mais on ne nous permet pas d’avoir une défense avec des avocats. C’est comme ça qu’on voit que le gouvernement et les provinces font des alliances pour nous entraver notre chemin et générer la peur dans la société, en ajoutant que la solidarité maintenant est un délit.
(voir l’article de Moira Millan concernant les perquisitions)
Maintenant que je vous ai expliqué le contexte, je suis venue en représentation de ma communauté Mapuche. Je ne pourrais pas dire que je suis la représentante d’une nation de plus de 4 millions d’individus mais je peux vous raconter qu’on a toutes et tous le même objectif. Et pour nous en tant que peuple, la chose la plus importante, bien avant l’humain, c’est le territoire. C’est pour ça qu’on comprend bien la lutte en Palestine, c’est pour ça qu’on comprend les luttes en général, parce qu’on comprend l’importance de l’existence en soi. Le droit de bien vivre et pas seulement des humains.
Il y a beaucoup d’expériences que je pourrais vous raconter, expériences de destruction et de persécution contre nous, mais nous sommes plutôt dans un moment où il faudrait faire des propositions.
Proposer un nouveau monde, de nouvelles sociétés. La protection des identités non humaines. Parce que nous sommes les mêmes, alors en les protégeant, nous nous protégeons tous. Nous sommes actuellement en train d’essayer de rendre plus forts notre psychisme, notre spiritualité, nos corps ... pour continuer à aller de l’avant et ne pas défaillir, pour donner de l’espoir aux enfants, aux jeunes.
Je voulais vous parler du travail de ma mère, qui a écrit un livre qui s’appelle Terricide qui nous explique ce concept de génocide envers la vie entière, avec la proposition que ce terme là, ce concept de Terricide, soit considéré comme un crime contre l’humanité et la nature, qui englobe toutes les injustices envers la nature et la planète. On va petit à petit, “miochimiochi (ça se dit comme ça en Mapuche).
Parmi les choses qu’on fait, on a un projet pour replanter la forêt native.
Et je veux vous dire, qu’elles sont nombreuses les personnes qui sont en train de lutter et de mettre leur corps dans la lutte dans les territoires et qui malheureusement ne peuvent pas venir elles-mêmes dans des endroits comme ici pour raconter directement leur expérience. J’ai ce privilège, et je le fais pour chercher des alliances, pour visibiliser et pour nous donner de l’espoir.
Et pour vous raconter aussi que je suis artiste, artiviste, et avec l’art, je peux m’exprimer un peu mieux. Je crois que c’est un moment où tous les espaces sont importants. Et je crois qu’il faut donner une importance particulière à la transmission de l’information envers les jeunes et les enfants.
Je crois que chacun parmi vous a beaucoup de force et vous pouvez faire des petits changements. Il faut faire confiance, s’écouter les uns les autres et nous unir.
Merci. »




