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Comité de Solidarité avec les Indiens des Amériques

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Être femme autochtone au temps de Milei

publiée le 15/09/2025 par Isis

Le 5 septembre est célébrée la journée internationale de la femme indigène, les éphémérides de l’Argentine raciste ne soulignent cette date dans aucun calendrier. Cette année 2025 est particulièrement difficile pour nous autres femmes autochtones. Une dictature raciste et misogyne a été instaurée, utilisant les ressources de l’État contre les Peuples Autochtones.

En tant que femme mapuche, je subis l’acharnement du pouvoir, tout comme mes pu lamngen qui sont décidées à défendre le droit à vivre en tant que Mapuche. Je vis dans la Puelwillimapu, ici j’ai ma tuwun et ma kupalme depuis des siècles. J’appartiens à ce territoire envahi, saccagé, pillé et gouverné depuis presque deux siècles par des envahisseurs sanguinaires, racistes, misogynes et génocidaires. Le Chubut s’est construit à coup de balles, avec l’arrivée de fusiliers européens qui avaient le feu vert pour nous tuer puis, en tant que colons privilégiés, s’emparer de nos terres.

Rien n’a changé depuis, un exemple en est l’invasion violente que nous avons subie le 11 février dernier, lorsque 100 agents de la répression fortement armés et cagoulés, entrèrent dans ma communauté, au Lof Pillañ Mawiza. Environ soixante-dix pénétrèrent dans ma petite maison, cassant, frappant, nous confinant à l’étage, pillant et prenant en otage notre amie et camarade Victoria.

Ils ont agi comme les unités répressives à l’époque de la dictature, nous ne vîmes pas leurs visages, me laissant penser parfois que je les avais déjà croisés dans la rue, dans les commerces, dans un café, sans qu’il me soit possible de les reconnaître.

Depuis février jusqu’à aujourd’hui, on nous refuse le droit de nous défendre. Le même juge Jorge Criado, qui a ordonné 12 perquisitions dans différents lof, n’autorise à aucun avocat de prendre part à l’affaire pour nous défendre sous prétexte que nous ne sommes ni accusés ni suspects d’aucun délit. Pourtant ils ont confisqué nos biens, nos téléphones portables, nos ordinateurs, nos livres, nos carnets de notes et même relevé nos empreintes ADN.

Cette dernière atteinte est d’une gravité telle que, dans toute société saine, elle susciterait non seulement l’indignation, mais éveillerait une alerte, pour mettre un frein à tant de violence. Mais c’est une société née d’un génocide, ceux qui ont toujours détenu le pouvoir dans cette partie du monde sont les descendants des bénéficiaires et complices de la tentative d’extermination. Le juge utilise comme artifice, une vérité, notre innocence, mais il n’autorise pas la restitution de nos biens et surtout ne déclare pas la nullité de la cause.

L’été approche, une saison que j’avais l’habitude d’apprécier avec ma famille et qu’ils ont transformée en cauchemar, brûlant des territoires, car il ne fait aucun doute que c’est le gouvernement lui-même et les spéculateurs immobiliers qui négocient les terres ravagées par le feu. Ma grande crainte est qu’ils utilisent l’ADN de plus de cinquante Mapuche pour nous inculper des crimes terricides qu’ils commettent. J’exprime ma solidarité et embrasse les sœurs des 40 nations indigènes en Argentine, qui luttent chaque jour pour survivre, au milieu de la famine, des sécheresses, des expulsions, des violences multiples, et malgré toute la douleur, il y a de l’amour et de la détermination dans leur combat.

Dans le nord comme dans le sud, la menace du pillage, de la privatisation de l’eau et d’une possible arrivée néocoloniale nous tient préoccupées et en alerte. Mes sœurs, c’est le temps de nous unir et de mener la lutte avec courage et lucidité, faisons-le, je connais la force tellurique qui nous habite.

Aujourd’hui, 5 septembre 2025, je commémore la journée internationale de nous les femmes indigènes, en me joignant aux millions de voix qui demandent Liberté, Paix et Justice pour le peuple Palestinien, et que jamais la Mémoire, La Vérité et la Justice, ne soient plus seulement des concepts ou une politique d’État réservée aux Blancs, mais un exercice de guérison qui cherche à restaurer l’harmonie des peuples.

Moira Millan de la Puelwillimapu, marici weu !