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Comité de Solidarité avec les Indiens des Amériques

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MEDPA 2025 : Le discours poignant de l’Assemblée des Arméniens d’Arménie occidentale

publiée le 29/07/2025 par Isis

Discours de l’Assemblée des Arméniens d’Arménie occidentale :

« La parole qui dit "vous êtes le sel de la terre" exprime dans une langue ancienne et symbolique une vérité qui dépasse les frontières culturelles ou religieuses.

Certaines personnes ou certains peuples incarnent ce qui donne goût, substance et permanence à la vie humaine.

Ce sel n’est pas visible comme le pouvoir ou la richesse, mais sans lui, tout devient fade, corruptible, vide.

Ce sel, ce sont les valeurs essentielles, les mémoires vivantes, les liens profonds entre l’homme et la terre, entre le passé et l’avenir.

Or, cette fonction vitale et discrète, ce rôle de gardien du goût et du sens , est précisément ce que joue dans de nombreuses civilisations, les peuples autochtones.

Le mot autochtone du Grèce autos, soi - même, khthôn « terre » , signifie ceux qui sont de la terre même, ceux qui ne sont pas venus d’ailleurs, mais ceux nés de la terre qu’ils habitent, dans une relation organique, cosmique, intergénérationnelle.

Les peuples autochtones ne se contentent pas d’habiter un territoire, ils l’incarnent, ils l’écoutent, ils le servent.

Leur mémoire est orale, leur sagesse transmise par le rituel, le chant, la marche , la nature elle - même.
Dans un monde fragmenté et technisé, ils représentent l’élément de continuité, de fidélité et de sens, ils sont le sel de la terre.


L’erreur des philosophies coloniales fut de croire que l’universel né de l’abstraction , de l’arrachement, de l’oubli et du particulier.

Ou, c’est précisément dans l’enracinement, dans la relation humble et intime avec un lieu, un ciel et un rythme qui n’était qu’une forme d’ universel incarnée.

Les peuples autochtones nous apprennent que l’universel ne s’oppose pas à l’autochtonie, il en est le fruit. C’est parce qu’ils sont profondément de quelque part qu’ils peuvent parler à tous.

Le chant d’un aîné quechua, d’un maître aborigène, d’un ancien arménien du Sassoum ou d’un chef Innu, peut toucher tout être humain, parce qu’il porte l’écho d’une humanité profonde, reliée à la terre et au sacré.

Être universel , ce serait alors tendre vers ce qui donne sens et goût au monde, par l’unité, par l’ouverture, mais à partir d’un lieu, d’un sol, d’un souffle.

Aujourd’hui, à l’heure où les équilibres écologiques, sociaux, spirituels s’effondrent, ce sont souvent les peuples autochtones qui présagent encore la mémoire d’un monde habitable où l’humain n’est pas maître, mais gardien, allié, l’intercesseur.

Ils ne sont pas les survivants du passé, mais les seuls porteurs d’avenir.

Ils incarnent une sagesse pas encore déployée pour le monde moderne, celle de l’interdépendance, de la mesure, du sacré partagé.

En ce sens, ils sont porteurs d’une mission universelle, rappelée aux peuples déracinés, aux nations technicisées, la valeur du lien, du goût, du rythme.

Être le sel de la terre, c’est peut - être refuser d’abandonner le monde au vide, à la fadeur, à la corruption. C’est porter une mémoire active, un amour du réel, une capacité à transmettre la vie avec sens et profondeur.

Les peuples autochtones sont à ce titre les porteurs d’une universalité silencieuse mais précieuse, d’un universel non pas abstrait ou globalisé, mais vivant et lyrique terrestre et sacré.

Ce n’est pas en niant leur singularité qu’on accèdera à l’universel, mais en écoutant leur voix, en reconnaissant leur légitimité, en apprenant d’eux à redevenir humains dans le monde.

Le moment n’est-il pas venu que les peuples autochtones et les nations autochtones participent au Conseil des droits de l’homme ? »

Point 11 : Propositions à soumettre au Conseil des Droits de l’Homme pour examen et approbation
Palais des Nations, 17 juillet 2025